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une maïeutique


Les sculptures d’Evelyne Galinski
ne laissent pas indifférent.
Pour certains, elles témoignent
de la finitude humaine et de la mort
impossible à apprivoiser.
Pour d’autres, elles sont le fruit d’une recherche
spirituelle, là où les corps semblent chercher l’extase
, dans une lévitation vers une destination inconnue.
Ou bien, la perception d’une familiarité, dans la gestuelle
des corps sculptés,montre le labeur
d’une quotidienneté simple qui cherche à être reliée.
Bien d’autres aspects apparaissent dans
les sculptures d’Evelyne Galinski,
lorsque par exemple une main se pose avec
protection sur la tête d’un enfant
 Celui-ci, ou un autre, se retrouve avec
un livre ouvert sur les genoux et, dans une
concentration paisible, découvre quelque chose
que nous ne saurons jamais. 
Mon propos vise un aspect remarquable qui semble
être le fil de toutes les sculptures d’Evelyne Galinski. 
Il touche à l’universel, c’est-à-dire au plus intime de
nous-même, et d’un autre côté rencontre l’actualité afin
d’éclairer notre contemporanéité.
L’artiste est toujours dépassé par son œuvre.
Son talent devient canal d’un réel qui lui permet à son tour
de poursuivre la transformation de l’œuvre.
Que regardons-nous lorsque le regard caresse les sculptures ?
Nous ne le savons pas vraiment. Cette caresse des yeux,
prélude de la jouissance, peut être à la fois une extase
ou une chute, dont l’étrangeté est l’aiguillon.   
Evelyne Galinski sculpte des corps singuliers.
Ils viennent tous d’un monde difficile à définir.
D’un monde qui pour nous occidentaux n‘est pas familier.
Les corps sont à peine voilés ; pourtant rien n’éveille
chez celui qui regarde un désir érotique.
Le voile a un attrait particulier ; il peut se densifier et devient
sous les doigts de l’artiste un vêtement de lambeaux,
comme si la créatrice cherchait à orienter notre regard
non vers l’habit mais vers autre chose.
Les yeux des personnages sont clos. Ce qui se passe
ne nous est pas donné à voir. Nous ne pouvons que rester au bord,
être touchés ou refuser de l’être. Dans un certain sens, ce que nous
voyons est quelque chose qui est en train de disparaître. 
Un mouvement interne semble désir de transformation, 
comme dans le devenir
 papillon de la chrysalide. Les sculptures d’Evelyne Galinski témoignent 
de ce passage, de cet entre-deux qui n’est déjà plus le passé, qui n’est pas le présent — par la poussée de la métamorphose — 
et qui ne laisse pas pour le moment envisager l’avenir 
sous des traits précis. 
Ce qui importe dans l’œuvre
est justement ce que l’artiste n’a peut-être pas prévu.
La maïeutique n’est pas spectaculaire, elle concerne l’être 
qui dans le silence et le repli cherche sa mesure d’une naissance toujours à interroger.
La sculpture est un des médiums qui, sous l’inspiration de l’artiste,
creuse par petites touches l’accouchement d’une œuvre qui apparaît sans jamais être saisie.
A l’heure des bouleversements mondiaux écologiques,
sociaux et politiques, l’œuvre d’Evelyne Galinski nous rappelle
que tout changement vers un nouvel état, qu’il soit intime ou public,
passe par la déprise et la nudité de l’esprit.

Strasbourg, le 31 décembre 2009 Francine Caspar